Réflexion sur le féminisme

Puisque nous sommes dans les discussions du féminisme, je vais tenter une réflexion sur la place post-moderne de ce féminisme.

Avant de commencer, je vais annoncer quelque chose clairement; je suis pour le féminisme. Et pas seulement dans un contexte mondial et dans les pays où il n’y a aucun respect pour la femme, mais également dans nos sociétés occidentales. Il est faux de croire que le féminisme est révolu et que l’égalité homme-femme est atteinte dans notre société. Seulement l’exemple de l’image de la femme dans les médias et les publicités appuieront cette affirmation.

Cependant, je me questionne sur l’application de ce féminisme. Pour cela, je vais prendre exemple sur la manifestation féministe non mixte qui a eu lieu récemment et particulièrement sur un texte sur l’évènement publié sur internet d’une des manifestantes. Autant que je pense que leur cause est légitime, tout à fait louable et que je souhaite que les groupes féministes continuent leurs luttes, je pense qu’il y a un peu d’application extrême qui nuit plus à la cause qu’elle ne l’aide.

Premièrement, discutons de la non-mixité de l’évènement. Je comprends parfaitement la situation et le but de la non-mixité. Ce texte est d’ailleurs très éclairant. Cependant, dans le contexte de grève sociale, l’organisation d’un évènement non mixte est, selon moi, nuisible au mouvement. Oui, les mesures d’austérités du présent gouvernement affectent plus les femmes. Oui, des programmes tels que Chapeau, les filles! ont été coupées et n’auraient pas dû l’être. Oui, vous avez raison, mesdames, d’être enragés face à ses coupures. Mais il faut faire attention; en créant un évènement non mixte pour dénoncer les coupures, coupures qui affectent tout le monde (bah, peut-être pas les riches, mais c’est une autre histoire) et qui vous affectent en particulier par un effet pervers, un message qu’il est possible de comprendre est: « Nous pensons que le débat n’est pas assez centré sur nous, les femmes ». Et force est d’admettre que si tel est votre message, dans une certaine mesure vous avez raison. Le message peut cependant être retourné contre vous. Par exemple, il serait possible d’affirmer que vous ne vous souciez pas de ce qu’il arrive aux hommes, que vous ne voulez que l’annulation des coupures qui vous concernent. Également, il est possible de comprendre que vous pensez que les autres manifestations ne sont pas assez bonnes pour vous. Je sais pertinemment que ses deux derniers messages ne sont certainement pas les vôtres. Mais cette possible analyse peut montrer au public que le mouvement de contestation est divisé et faible et elle peut également pousser les autres manifestants à vous en vouloir. Oui, les évènements non mixtes et les endroits non mixtes sont pertinents. Elles ont plusieurs avantages, comme mentionnés dans le texte que j’ai mis en lien plus haut. Mais il ne faudrait pas que vous vous marginalisiez et excluiez vous-mêmes.

Deuxième, il faudrait faire attention aux endroits où l’analyse féminisme s’applique et aux endroits où l’analyse n’est pas pertinente. Par exemple, dans cet autre texte qui parle des évènements non mixtes, il est dit qu’un homme ne remet pas en question les privilèges qui lui sont accordés lorsqu’il participe à une lutte féministe. Que de se fait, il brime la manifestation féministe autant que le gouvernement ou la police. Je crois qu’au contraire, un homme qui souhaite participer à votre marche (et je dis ici participer, pas l’organiser ou en être une figure de proue) remet en question cette société patriarcale et ses privilèges masculins. Également, il faut faire attention au raccourci et à l’application facile de la misogynie. Dans le témoignage que j’ai mis en lien plus haut, il est question des policiers mâles présents à la manifestation non mixte. Certains faits sont tout simplement dégoûtants et révoltants. Par exemple, le témoignage suivant ; «Ils parlaient entre eux des féminisssses sur un ton plus que méprisant. Pire, certains envoyaient à la volée des baisers racoleurs aux manifestantes. » Cependant, la manifestante affirme ceci : « […] ce fut le SPVM qui nous dicta la direction de nos pas :  » Vous allez à droite, ensuite encore à droite puis vous revenez sur vos pas. Nous, hommes, nous policiers, nous allons décider pour vous, femmes citoyennes, où vous allez.  » » Contrairement à ce qu’elle affirme, je ne pense pas que le SPVM ait dicté la direction de la manifestation par misogynie. La manifestation n’aurait eu que des membres masculins que le SPVM ne se serait pas gênés pour dicter la route! De même, il est affirmé dans le texte que le SPVM à annoncé que la manifestation était illégale, car «Les femmes, que le patriarcat aime dociles et tranquilles, commençaient à leur tomber sur les nerfs parce qu’on ne s’en laissait pas imposer. » Encore une fois, le SPVM aurait de même avec une manifestation uniquement masculine. Même à l’extérieur du contexte du SPVM, une affirmation me pousse à la réflexion: « Cette manif non-mixte ne s’était pas donné d’itinéraire; nous voulions le créer nous-mêmes, sans que des hommes militants le décident pour nous. » La question que je me pose est celle-ci: si aucun homme n’était inclus dans l’organisation de la manifestation, comment les hommes militants auraient pu décider pour eux l’itinéraire? Je crois qu’ici le féminisme a été utilisé comme une mauvaise excuse pour expliquer le fait que les organisatrices ne voulaient pas donner d’itinéraire.

Pour conclure, je pense que la lutte féministe à lieu d’être. Cependant, comme dans tout acte, il faut réfléchir non pas uniquement à l’effet interne du dit actes, mais également à l’interprétation externe de l’acte.

Je vais me permettre une petite citation de Morgan Freeman, lors d’un entrevu avec Mike Wallace, pour conclure se billet:

« WALLACE: How are we going to get rid of racism until …?

FREEMAN: Stop talking about it. I’m going to stop calling you a white man. And I’m going to ask you to stop calling me a black man. I know you as Mike Wallace. You know me as Morgan Freeman. You’re not going to say, « I know this white guy named Mike Wallace. » Hear what I’m saying? »

Je pense que la lutte du féminisme doit passer exactement par cet endroit que Morgan Freeman propose pour le racisme; en arrêtant tout simplement de considérer l’autre sexe comme un autre sexe. La lutte du féminisme réussira uniquement en franchisant cette étape.

DamnedEchidna, le Littérateur Médiatique

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